Centre Culturel d’Iran à Paris|فارسي|French
COURS

Cours de Persan

 

COMMEMORATION
LIENS

La fête de Norouz

LA FÊTE DE NOROUZ

 
   
Historique

Le premier mois de l'année iranienne est "farvardine". Celui-ci commence en même temps que le printemps, soit le 21 mars du calendrier grégorien. Norouz comme son nom l'indique, est une fête qui est célébrée à l'occasion de l'avènement de la nouvelle année. Le "jour nouveau" apparaît au début du "mois nouveau" de la nouvelle année. Son apparition dans l'histoire du passé a signifié le changement d'année. Au nord et à l'est du Khorassan, dans l'ancien temps, des Iraniens se servaient de l'expression "an nouveau" (no sard ou no sal) qui avait le même sens et que l'on utilise encore dans les manifestations de joie à l'occasion de la fête du Norouz : que l'année nouvelle vous soit favorable et que pendant cent ans elle se perpétue dans la joie et l'abondance.
A supposer même que le Norouz ne fût au début qu'un simple rappel du changement d'année et de mois et qu'une procédure spéciale en annonça le moment, avec le temps, des modifications graduelles et diverses intervinrent et lui enlevèrent son caractère astronomique pour en faire une manifestation religieuse, officielle et politique.
A la suite de l'association de ces différents caractères qui ont chacun une importance suffisante pour provoquer des réjouissances séparées, un nouveau Norouz, le "Norouz Soltani" fit son apparition il y a neuf siècles et se stabilisa à l'équinoxe de printemps. C'est la seule fête dans le monde qui rassemble en elle tous les caractères religieux, officiel, politique et naturel, qui lui donne un aspect général pour tout le monde, à n'importe quelle époque, sous n'importe quel régime et qui correspond à la nature des différentes régions.
La fête de Norouz, sous cette forme était une grande réjouissance familiale qui avait sa place d'honneur dans le rite des Zoroastriens. Ces réjouissances marquaient le début de l'année nouvelle qui se manifestait également dans le domaine de l'agriculture par la récolte des céréales. Les rigueurs de l'hiver et les difficultés de l'existence qu'elles entraînent faisaient place au printemps, au renouveau saisonnier célébré par les Zoroastriens et c'est pourquoi cette fête antique était entourée de joie et de jubilation.
Les mages des Zoroastriens qui établissaient un lien entre cette fête saisonnière et leur prophète étaient d'avis que la naissance de Zoroastre faisait partie des événements de ce mois et ils donnaient au premier jour de Farvardine un caractère religieux sacré.  Les rois Sassanides attribuaient la fête de Norouz à Djamchid de la dynastie des Pichdadian et y voyaient la preuve de la puissance et de la grandeur des anciens Chahs.
 

 
    La légende de Djamchid

   L'origine légendaire de notre calendrier est chantée dans Le Livre des Rois par le poète Firdusi. Assemblés autour du trône porté par les géants vaincus, les sujets du roi Djamchid admirant son triomphe ouvrent sa tête de pierres précieuses  et nomment ce jour-là NOROUZ.  FIRDUSI, Le Livre des Rois
    Le roi Djamchid avait vaincu des géants maléfiques qui faisaient régner la terreur dans le pays. Djamchid les contraignit à le porter assis sur son trône, durant toute une journée, de la ville de Damavand à celle de Babol. A la vue du triomphal cortège du roi victorieux dominaant les géants asservis, ses sujets grandement surpris et admiratifs lui couvrirent la tête de pierres précieuses et appelèrent ce jour béni "Noukrouz", c'est-à-dire "Point du Jour". Au fil des siècles, ce mot s'est altéré en "Norouz" ce qui signifie "Nouveau Jour". C'est donc ainsi qu'ont été appelées les fêtes qui marquent le début de chaque année nouvelle." (Najmieh Batman)
 
 
Traditions

A l'époque des Sassanides, les rois participaient à cette fête, l'entouraient de toute la pompe voulue et n'hésitaient devant rien pour qu'elle fût célébrée avec un faste spécial. Ce jour-là, le monde se rassemblait autour du trône du roi, lui rendait hommage et faisait la fête, avec force vin, musique et danse.
"Ce premier jour de l'année étant également la fête du roi, les impôts perçus lui étaient apportés et des pièces d'or à son effigie étaient frappées. La "Maison du Feu", foyer secret des Zoroastrriens, était soigneusement lavée, rangée et décorée. Car le soir du dernier mardi de l'année, appelé "chabé tchâhar-chanbé soury", c'était la fête du Feu. sur chaque grande place étaient allumés des brasiers par-desus lesquels les habitants bondissaient en criant aux flammes : "Sorkhié to az man va zardié man az to", ce qui signifie : "Donne-moi ta belle couleur rouge et prends en échange ma pâleur maladive !".
Puis on faisait éclater des pétards et partir les feux d'artifice. Beaucoup, parmi lesquels surtout des enfants, se voilaient d'un "tchador" et parcouraient les ruelles de la ville en tapant sur des casseroles pour annoncer le dernier mardi de l'année. Ils allaient, de porte en porte, pour recevoir des friandises. Les artistes de la cité, déguisés en nègre et vêtus du "hadji firouz", habits aux couleurs très vives, défilaient en chantant et en dansant pour égayer les habitants et les avertir, s'il en était nécessaire, de l'approche de la nouvelle année. La veille du Jour de l'An, tous se levaient très tôt pour se rendre au bord des rivières, vers les sources, les puits et les points d'eau afin d'y célébrer la fête de l'eau en jouant et en s'aspergeant mutuellement. Une fois ce rite purificateur acompli par ces ablutions, avant tout échange de paroles, il fallait manger un aliment sucré, symbole de douceur et de joie." (Najmieh Batman) Par la suite, avec la disparition du système astronomique des années calculées sur cent-vingt ans et le début de celui de Yazd Djerdi à l'origine de Mahmoud le Gaznevide, cette fête de la révolution de la nature devint la fête de l'équinoxe de printemps. La verdure du printemps, le renouveau de la vie dans les plaines, le changement de temps coïncident avec la date de cette fête. Les écrivains, les poètes et les astronomes iraniens ont encore ajouté leurs connaisances pour que la fête du Norouz soit celle du printemps et de la joie. Bref, toutes les couches sociales de l'Iran, les dirigeants et les dirigés, les savants et les ignorants, les pauvres et les riches, les religieux et les autres ont manifesté un attachement particulier à la célébration de la fête du Norouz.
 
 
Cette fête a acquis un caractère général pour les Iraniens et les musulmans dans le monde, à l'Ouest, les Turcs, les habitants de l'Inde, de la Chine, de l'Afrique et de l'Europe ont participé plus ou moins à la célébration du Norouz. Les musulmans qui se rendaient en Chine par la Mongolie ou en Inde par le Pundjab, ceux qui, en bateau descendaient le golfe Persique jusqu'à Zanzibar et les côtes orientales de l'Afrique du Sud, les Kurdes qui se rendaient en Egypte par la Syrie, les Turcs qui avaient occupé tous les territoires situés entre la presqu'île Balkanique et les rives du Danube, les Tatars qui se sont établis le long de la Volga jusqu'en Crimée, emportaient avec eux quelques manifestations de la fête de Norouz dans les territoires où ils s'installaient. Les navigateurs du golfe Persique prirent l'habitude de compter depuis le jour de Norouz les dates de leurs activités annuelles et lorsqu'ils entreprenaient des voyages, ils en fixaient la durée en parta,t de la fête de Norouz. Dans leurs récits, ils déclaraient que le 80ème jour, par exemple, ou le 170 ème jour à partir de la date de Norouz, ils quittaient l'Afrique veers l'Inde ou l'Inde vers l'Afrique en suivant les voies matitimes appropriées. Malheureusement, les anciennes et grandes villes de l'Iran qui étaient les centres du maintien des traditions et des coutumes de l'Iran, ont été en grande partie détruites avec le temps. Seule la ville antique d'Ispahan est restée à l'emplacement où elle se trouvait à l'origine, elle a supporté tous les coups du sort et a su se maintenir en conseervant ses coutumes et traditions.
C'est la raison pour laquelle la fête de Norouz a toujours eu un relief particulier dans la ville d'ispahan et quand Azod ed Dowleh Deylemi se trouvait dans sa jeunese à Ispahan, il assista aux fastes de la fête de Norouz au bazar et contempla l'enthousiasme de tous les habitants, jeunes et vieux, hommes et femmes, s'en donnant à coeur joie le jour de Norouz, liquidant à des prix minimes les produits qui se trouvaient au bazar et s'oubliant complètement dans la jubilation de tous.
 
 
Si les contes du passé attribuent l'origine de cette fête au roi Djamchid, la tradition s'est poursuivie avec d'autres rois qui ont fait revivre la fête de Norouz. En réalité, pourtant, la fête de Norouz a toujours eu un caractère national qui a provoqué cette étroite union entre les souverains, les grands de l'Empire et le peuple. La fête de Norouz a été dès le début une fête nationale que l'on peut comparer à la fête des moissons ou des vendanges en Europe. Elle correspond aux récoltes en Iran et par la suite, elle a acquis différents aspects politiques, économiques, religieux, littéraires et astronomiques, ce qui a complété son essence même. Les racines de la fête de Norouz se sont tellement ancrées en Iran que même l'Islam, malgré toute sa puisance qui lui a permis d'anéantir les traditions antérieures, a été obligé de respecter cette coutume religieuse de Norouz. Norouz est associé dans l'histoire de l'Iran aux Parsis et eux Pahlavi et même pendant la période des Arabes, Norouz s'est maintenu. On en trouve d'ailleurs des échos dans la littérature arrabe même. On pourrait recueillir les écrits en arabe consacrés pendant 1 200 ans à la fête de Norouz et en faire un recueil sur cette fête et combler les déficiences de cette littérature arabe par l'apport de l'esprit d'Ispahan.    
 
Les coutumes et cérémonies du "Norouz" n'ont pas disparu :
- Quinze jours avant la nouvelle année, les femmes font le grand nettoyage, renouvellent des choses de la maison (Khaneh Takouni). Les maisonssont ornées. Les femmes préparent les robes nouvelles, les pâtisseries et les graines qu'on fera germer en signe de renouveau.
- Le dernier mercredi de l'année, c'est la grande fête du feu (Tchahar chanbé souri)
Ce jour-là, les gens ramassent des rameaux secs, des broussailles du désert ou du petit bois, en font sept fagots, les entassent dans la cour ou dans la rue et les enflamment au coucher du soleil. Ils sautent alors par-dessus le feu. Une autre pratique courante à cette occasion et pendant les fêtes du Now Rouz consiste à brûler des semences de riz (isfand) ou de l'encens (kondor) contre le mauvais oeil et les mauvais esprits.
- Le jour de Norouz, dans chaque demeure, le "sôfreh" (nappe) de "hafte sine" est installé. "Hafte sine" signifie sept choses dont le nom commence par "S". Depuis la plus haute antiquité en Iran, sept est un chiffre sacré."
 
 
 
    Voici, d'après la tradition, les sept objets commençant par la lettre S :
1. Sepand : granes d'une plante sauvage, de couleur brune, parfois légèrement rouge, bleue, verte, jaune et même gris clair. On constitie des dessins très décoratifs avec ces graines, qui, lorsqu'on les brûle, dégagent un parfum délicat.
2. Sabzeh : il s'agit de blé ou de lentilles qu'on a fait germer dans une assiette.
3. Samanou : c'est une sauce brune et concentée faite à base de blé germé.
4. Sendjed : olive de Bohëme, fruit de couleur orange.
5. Sib : la pomme.
6. Sir : l'ail 7. Serkeh : le vinaigre.
 
 
En plus de ces sept S, on place sur la table des oeufs peints en différentes couleurs, un miroir, une petite coupe contenant de la farine et du riz, un bocal d'eau avec un poisson rouge, des chandeliers ou une lampe, des fruits, un flacon d'eau de rose et une coupe de bonbons. On pose également un Coran devant le miroir. " "Hafte sine" était le nom de sept anges de bon augure. Ils étaient annonciateurs de santé, félicité, prospérité, bonheur, slendeur, joie et beauté, souhaits que l'on retrouve peints sur des panneaux. "Le "sôfreh" de "hafte sine" présente aussi sept choses dont le nom commence par "M", c'est "hafte mime" :
1. Mivé = fruits
2. Morgh = poulet
3. Mahi = poisson
4. Maste = yogourt
5. Mey = vin
6. Mousir = échalotes 7. Meygou = crevettes

A ces denrées, s'ajoutent des pâtisseries, des fruits et sept branches noueueses d'arbres, olivier, saule ou grenadier, que l'on s'offrira les uns les autres en se souhaitant du bonheur pour la nouvelle année. (Najmieh Batman)
 
 
    Assis autour du "sôfreh", les membres de la famille et les amis, tous portant des vêtements neufs, attendent joyeusement la "transition" du nouvel an ("Tahvil") en chantant des cantiques et des airs traditionnels et en récitant des sourates du Coran et des poèmes de Hâfez. A un moment donné, l'aïeul se lève, donne à chacun trois cuillères de miel ou une pâtisserie sucrée, une pièce d'or ou d'argent, trois feuilles vertes et félicite, embrasse, souhaite à tous du bonheur pour l'année nouvelle." (Najmieh Batman). Tous s'embrassent et s'offrent mutuellement leurs voeux.
 
Le Nouvel An ne commence pas toujours à minuit. Il varie suivant l'équinoxe de printemps. Quelle que soit l'heure pour le premier repas de Nouvel An, on sert surtout du poisson et des nouilles qui sont gages de bonheur. On prépare :
- du riz aux herbes : sabzi polo (cf recette dans la rubrique recette),
- une omelette aux herbes : coucou sabzi (cf recette dans la rubrique recette)
- du poisson salé et fumé : mahi doudi (cf recette dans la rubrique recette),
- condiments de 7 herbes : torchi hafté bidjar (cf recette dans la rubrique recette)
- du riz aux nouilles : rechté polo (cf recette dans la rubrique recette),
- yogourt : maste (cf recette dans la rubrique recette),
- crème au riz : fereni (cf recette dans la rubrique recette)
- conserves de fruits : torchi mivé, - confitures : morabbâ
 

On boit du thé (tchaï) ou le dough (cf recette dans la rubrique recette).
Le début de l'année est ausi l'occasion d'aller chez les amis, voisins, familles et les recevoir avec beaucoup de gâteaux, fruits et friandises (Dido Bazdid)
- "Le treizième jour de "farvardine", les familles au grand complet, emportant les plats de germes verts, quitteront en procession les maisons pour un pique-nique dans un lieu verdoyant et aéré. Les germes seront jetés dans l'eau très loin des demeures pour en éloigner le mauvais sort. Ce jour joyeux qui se passe au milieu des danses et des chants se nomme "sizdeh-bedar". Il clôture les fêtes du "Norouz". (Najmieh Batman)
 

 
 
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